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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 06:56

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Claude Reichman : Au sommet de Bruxelles, Sarkozy s'est tiré une balle dans le pied


Les Vingt-Sept n’ont nullement « sorti l’Europe de sa paralysie », comme le titre la presse. Le sommet de Bruxelles n’est qu’un vague raccommodage où chaque Etat a pu trouver sa petite satisfaction sans que le résultat global présente la moindre cohérence. L’Europe est un bateau ivre et va le rester. Le seul point d’accord entre Européens porte sur la nécessité d’une concurrence « libre et non faussée » et c’est précisément ce point que le sommet a retiré de la liste des « objectifs de l’Union » à l’instante demande de Nicolas Sarkozy. Le président français a justifié sa position en indiquant qu’ « il ne faut pas oublier que 55 % des Français ont voté non ».

Or le non de notre pays avait de tout autres raisons. La principale d’entre elles était le refus de l’adhésion turque à l’Union européenne. Et ce n’est pas la concurrence qui a été rejetée mais l’incapacité des gouvernements successifs à adapter la France à cette concurrence, dont nos compatriotes apprécient les bienfaits quand ils peuvent acquérir à bon compte les innombrables objets qu’elle met à leur disposition, mais qu’ils stigmatisent quand ils voient disparaître du sol national les entreprises et les emplois en raison des impôts et des charges dont un pouvoir irresponsable continue à les accabler, les condamnant à se battre contre leurs concurrents les mains liées derrière le dos.

Il n’y a plus le moindre élan dans l’Union européenne. Elle n’est qu’un grand marché. Mieux vaut en faire une fois pour toutes le constat et cesser d’échafauder des « politiques communes » qui ne verront jamais le jour parce qu’à vingt-sept il n’y pas la moindre chance qu’on se mette d’accord. On gagnera du temps et de l’argent à se passer des conférences gouvernementales et de tous les « machins » qui ont transformé la gouvernance européenne en Gulliver. Que la Commission européenne et la Cour de justice veillent attentivement à ce que le grand marché européen ne soit pas perturbé par les pratiques anticoncurrentielles des Etats, des lobbys et des entreprises et les vaches seront bien gardées. Si des Etats veulent aller plus loin dans des actions plus ambitieuses - on appelle cela les « coopérations renforcées » - qu’ils le fassent. Il leur sera simplement demandé de respecter dans la réalisation de leurs projets les règles communes de concurrence. Et surtout que l’Europe - une fois pour toutes - décide de mettre un terme à la croissance du nombre de ses membres et ne développe avec la Turquie qu’un « partenariat privilégié », ce à quoi M. Sarkozy s’est engagé lors de sa campagne présidentielle.

Dans ces conditions, l’action diplomatique européenne du président français apparaît totalement contreproductive, tant au plan extérieur qu’intérieur. En condamnant une concurrence « libre et non faussée », il a miné le seul véritable lien entre Européens, même si chacun sait que finalement sa prise de position n’aura aucun effet communautaire, les règles de concurrence étant affirmées et solidement étayées par les traités, les directives et la jurisprudence. Mais c’est au plan interne que sa charge anticoncurrentielle aura des effets désastreux. Qu’est donc sa « rupture », sinon la nécessité proclamée de briser les monopoles, les privilèges indus, les intolérables atteintes à la liberté d’entreprendre et de circuler que des décennies de faiblesse étatique ont laissé prospérer dans notre malheureux pays ?

Que dira-t-il aux adversaires de l’autonomie des universités qui déjà se mobilisent pour faire échec à leur mise en concurrence, puisque tel est l’objectif de cette réforme, destinée à améliorer leur niveau par une juste compétition entre elles ? Et aux bénéficiaires des régimes spéciaux de retraite qui plombent les finances publiques et donc les capacités compétitives de notre pays face à la concurrence fiscale généralisée qui est la règle en Europe et dans le monde ? Et au monde de la justice, face au regroupement des tribunaux, destiné à améliorer leur efficacité ? Et aux défenseurs de l’hôpital à côté de chez soi ? Et à ceux qui veulent à toute force maintenir des trains express régionaux que personne n’emprunte et qui ruinent la SNCF ? Et l’on pourrait beaucoup allonger la liste.

Aucune de ces impératives réformes n’a d’autre raison que la meilleure utilisation de l’argent public dans le contexte concurrentiel international. Que M. Sarkozy a spectaculairement nié à Bruxelles, se tirant ainsi une balle dans le pied. Le voilà donc gravement handicapé dans l’action de rupture qu’il prétendait mener. Dans son récent entretien télévisé sur TF1, M. Sarkozy a insisté sur le fait qu’il n’est pas un intellectuel, mais un pragmatique. Les intellectuels n’ont pas toutes les qualités. Mais eux au moins, ils réfléchissent !

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Gérard Pince : Oui à l’Europe européenne, non à la Turquie

Qu’on le veuille ou non, Nicolas Sarkozy a obtenu un succès personnel en sortant le processus européen de l’ornière. Tous ceux qui pensent que l’union des peuples d’Europe représente le seul moyen de peser dans le monde actuel devraient pouvoir s’en féliciter. Toutefois, nous ne pourrons pas saluer ce succès tant que le rejet de la Turquie n’aura pas été acté. C’est sur ce point que nous attendons notre Président.

La détermination de Nicolas Sarkozy n’est pas en cause mais il va se heurter à des forces puissantes. Sur le plan intérieur, citons pour mémoire une gauche qui  représente l’islam, les « quartiers sensibles »  et le métissage obligatoire. C’est d’ailleurs le seul projet sur lequel ses différents courants s’accordent. Mentionnons aussi les ONG catholiques et protestantes entraînées par une dérive immigrationniste mortifère. Enfin, le président devra se garder de ses propres amis. Certes, l’UMP a déjà exprimé son opposition mais le Medef milite pour l’entrée de la Turquie en Europe. On examinera aussi les positions des coqueluches de « l’ouverture » et de la « diversité » au sein du Gouvernement…

A l’extérieur les défis ne sont pas moindres. Il faudra résister aux pressions des USA qui veulent récompenser la Turquie pour sa fidélité à l’OTAN, sécuriser les oléoducs qui passent par l’Anatolie et soutenir Israël puisque la Turquie est le seul état de la région qui ne lui soit pas à priori hostile. Il faudra aussi faire plier la Commission européenne qui reflète les intérêts d’un patronat  avide de main d’œuvre  bon marché afin de baisser les salaires, d’accroître sa compétitivité à l’exportation  ou tout simplement ses profits.

Si l’affaire turque s’avère complexe, c’est aussi parce qu’elle se situe au confluent de la globalisation et de l’émergence de l’islamisme. Rappelons que la globalisation désigne un processus conduisant à une extension des libertés individuelles et l’adoption de règles communes en matière économique et monétaire. Faire entrer la Turquie dans l’Europe, au nom d’une « alliance des civilisations » ou d’un « dialogue des cultures », revient à ignorer le contenu et les limites objectives de la globalisation. Au lieu de contribuer à  l’universalité de la liberté et du libre échange, l’adhésion de la Turquie favoriserait la balkanisation et la montée de l’obscurantisme en Europe.

Autant dire que Nicolas Sarkozy devra se garder à droite comme à gauche et que sa démarche restera solitaire. Il ne pourra s’appuyer que sur l’opinion publique française  et les organisations de résistance à l’islamisation. Qu’il sache que nous serons à ses cotés dans cette bataille.

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Published by Gil Albert Li - dans Opinion-Actualité
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RCK 25/06/2007 14:48

Plus ça change, moins ça change, mais le perdant est toujours le consommateur européen taillable et corvéable à merci au nom de "l'Europe":

EU leaders admit revised constitutional treaty is the same as EU Constitution

In a BBC interview on Saturday morning Foreign Secretary Margaret Beckett admitted that "There are some power transfers" in the new treaty.



Around Europe, political leaders have admitted that the ‘new’ treaty is almost identical to the old constitution:



German Chancellor Angela Merkel
“The fundamentals of the Constitution have been maintained in large part… We have renounced everything that makes people think of a state, like the flag and the national anthem.” El Pais (25 June)

German Foreign Minister Frank-Walter Steinmeier
German Foreign Minister Frank-Walter Steinmeier said that the mandate approved by the EU will “preserve the substance of the constitutional treaty”. Agence Europe (25 June)

Spanish Prime Minister Jose Zapatero
"A great part of the content of the European Constitution is captured in the new treaties”, Zapatero said. “Everyone has conceded a little so that we all gain a lot”, added Zapatero. El Pais (25 June)

Irish Taoiseach Bertie Ahern
“Given the fact that there was strong legal advice that the draft constitution in 2004 would require a referendum in Ireland, and given the fact that these changes haven't made any dramatic change to the substance of what was agreed back in 2004, I think it is likely that a referendum will be held... thankfully they haven't changed the substance - 90 per cent of it is still there."

On the change of name for the EU Foreign Minister he said: "It's the original job as proposed but they just put on this long title - High Representative for Foreign Affairs and Security Policy and also vice President of the Commission. It's the same job […] it's still going to be the same position." Irish Independent (24 June)

Danish PM Anders Fogh Rasmussen
Danish PM Anders Fogh Rasmussen: “The good thing is...that all the symbolic elements are gone, and that which really matters – the core - is left." Jyllands-Posten (25 June)

Finland’s Europe Minister
Finland’s Europe Minister Astrid Thors: “There’s nothing from the original institutional package that has been changed” TV-Nytt, (23 June)

French President Nicolas Sarkozy
French President Nicolas Sarkozy has claimed victory, saying, “This was France’s idea from the start.” Libération (25 June)

During a press conference Sarkozy said “Competition is no longer an objective in itself – it’s a tool at the service of the internal market but is no longer an objective of the Union… for the first time… the Union has to help ensure the protection of citizens… the word protection is no longer taboo.”

At the Paris Air Show Sarkozy also said that Britain keeping the pound amounted to unfair competition. He said other countries, “can't go on imposing social, environmental, fiscal and monetary dumping' on Europe. I ask that we do with the euro with the US does with the dollar or even what our English friends do with the pound.” CNBC (24 June)

Sarkozy also dismissed the change of the EU Foreign Minister’s name as of no significance. "What does it matter what we call him?" Telegraph (24 June)

Commission President Jose Barroso
Barroso said he was happy that his son was studying law, because under the new treaty: "lawyers have a beautiful future.” Süddeutsche Zeitung (25 June)



Read Open Europe’s press release below:



http://www.openeurope.org.uk/media%2Dcentre/pressrelease.aspx?pressreleaseid=48

NJ 25/06/2007 09:44

Je pense que votre mouvement devrait répercuter cet avertissement en bonne et due forme lancé par le dissident soviétique Bukovsky à propos de la dérive totalitaire de la bureaucratie européenne. La construction fédéraliste s'inscrit en effet dans un plan de socialisation par le haut des Etats membres, depuis que le constructivisme bureaucratique s'est progressivement substitué à la création d'un vaste marché libre et intégré qui n'était en fait que le prélude à une reprise de la marche en avant du socialisme en Europe dont l'objectif est la création d'une "maison commune" des républiques socialistes de Brest à Vladivostok. Non la guerre foide n'est pas finie, les idéologues bureaucrates la poursuivent seulement sous d'autres formes en apparence plus "démocratiques" mais qui s'avèrent beaucoup plus efficaces politiquement parlant. Qu'on en juge plutôt:http://www.brusselsjournal.com/node/865

Nicolas Jaisson 25/06/2007 08:28

Sarkozy est allé beaucoup plus loin dans les réformes que ce qui est dénoncé ici. En effet pour la première fois, il n'est plus fait référence à la création d'un marché libre et sans entraves dans les règles de fonctionnement du Marché unique européen, et ce à la demande expresse du Président français. A tel point que Gordon Brown a jugé bon de tancer vertement au téléphone son désormais prédécesseur Tony Blair pour avoir accepté une modification aussi lourde de conséquences. Par ailleurs il est à noter une autre modification essentielle dans les texte du Traité, où il est désormais stipulé qu'il appartient au Conseil de l'Europe et non aux Etats membres de décider ce qui est négociable ou non par les Etats membres en matière de compétences nationales. Autrement dit le nouveau traité entérinerait de facto la prééminence juridique de l'Union sur les Etats membres, rélègués au rôle de simples exécutants des directives de la Commission. A ma connaissance seule la presse britannique s'est émue de qui constitue ni plus ni moins qu'une tentative de coup d'Etat par le binôme Sarkozy Merkel!

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