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Fin du monopole de la Sécurité sociale
Essayons de faire le point de la situation en évitant de répéter tout ce qui a déjà été dit. Nous savons que la réforme des régimes spéciaux est purement symbolique puisque l’économie réalisée
sera compensée par les avantages consentis par les directions des sociétés nationales. Le véritable défi se situe au niveau du financement des retraites et reste occulté par tous ceux qui
prétendent sauver un système de répartition inique et en faillite.
Le conflit aurait eu un sens si le gouvernement en avait profité pour briser les corporatismes avant d’aborder les réformes fondamentales. En fait, au lieu de se comporter comme Thatcher ou
Reagan, le pouvoir s’est engagé dans les pires conditions en commettant une lourde faute politique avec la hausse du salaire présidentiel. Les propos de Christine Lagarde,
conseillant aux français de faire du vélo pour économiser le carburant ont résonné comme une provocation. En bref, il aurait fallu remanier le gouvernement avant l’épreuve (1).
De plus, le pouvoir n’utilise aucun des moyens dont il dispose. Face à l’échec des premières négociations, il aurait du abroger par ordonnances les monopoles de la RATP et de la SNCF,
libérant ainsi l’offre de transports privés. Nous lui avions suggéré de recourir aux camionnages de l’armée pour soulager les otages. Il pourrait encore réquisitionner les grévistes et licencier
les insoumis en suivant ici l’exemple de Reagan. Plus grave encore, le pouvoir prend ses distances à l’égard de la manifestation organisée par des associations libérales. Il
refuse de mobiliser son propre camp pour protester contre les blocages. Perdu dans ses rêves d’ouverture, il se prive de tout soutien populaire et laisse de facto le champ libre à la
subversion (2).
Il comptait certes, s’appuyer sur les directions syndicales qui participent à la noblesse au pouvoir. Entre les protestations sur les plateaux de télévision et les valises de billets en coulisse,
tout était organisé pour favoriser une sortie de crise entre gens se tutoyant et partageant les mêmes fromages. Il se trouve que la base ne l’entend pas de cette oreille. Partageant notre analyse
sociologique, elle n’a plus aucune confiance dans ses leaders. Elle confirme la permanence d’une force gauchiste et révolutionnaire qui s’est toujours opposée à la
démocratie depuis la Révolution française (3).
Sommes nous à la veille d’un grand chambardement comme en 1968 ? Toutes les options restent ouvertes: reprise progressive du travail ou propagation des grèves et désordres. Le rapport de forces
en présence incline plutôt à prédire un pourrissement. Pour le moment, restons vigilants et remobilisons tous nos comités de base. Puisque les élus ne veulent pas bouger,
il faudra bien nous joindre à d’éventuelles manifestations associatives en cas de détérioration grave de la situation.
Gérard Pince
(1) Seule Rachida Dati tire son épingle du jeu. Ce diablotin met sur le grill toutes ces professions judiciaires que nous avons si souvent
dénoncées.
(2) Les mésaventures de Valérie Pécresse, inoubliable prêtresse d’une France métissée, illustrent ces rêveries. Elle s’est fait roulée dans la farine par le président de l’UNEF.
(3) Se reporter sur ce sujet à notre article prémonitoire sur l’irrésistible fragilité du pouvoir.
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