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5 octobre 2006 4 05 /10 /octobre /2006 08:59
 
Au Rapin gourmand, il faut éteindre sa cigarette avant d'entrer. Ce petit restaurant situé dans le IIe arrondissement de Lyon fait partie de ce nombre croissant d'établissements qui visent spécifiquement une clientèle de non-fumeurs (1), en refusant purement et simplement la fumée ou en offrant des espaces réellement séparés pour les deux clientèles. Alors que le gouvernement français projette d'interdire de fumer dans les lieux publics, il convient de rappeler que la protection contre le «tabagisme passif» est à la portée des non-fumeurs, hors d'un régime de prohibition et ne requiert aucunement de sacrifier les fumeurs sur l'autel de la santé publique. C'est en laissant le libre choix en la matière aux propriétaires d'établissements qu'une offre diversifiée peut émerger, répondant aux préférences variées des consommateurs. Lorsqu'un client d'un restaurant veut s'allumer une cigarette alors que d'autres préfèrent un air «pur», la bonne question à se poser est : qui est en droit de décider de l'usage de l'air ambiant ? Qui est le propriétaire légitime des lieux ? Cette question est ignorée dans le débat. On ne tient jamais compte dans cette affaire du patron du restaurant ayant investi ses ressources dans son projet. Ces «lieux publics» sont pourtant privés ! Si le gouvernement prenait au sérieux l'article 2 de la déclaration des droits de l'homme de 1789 sacralisant la propriété, il serait obligé de reconnaître que c'est au propriétaire de l'établissement de décider si on peut y fumer ou non. En prétendant pouvoir en décider à sa place, il le prive en partie de ses droits.
Dès lors qu'on remet le propriétaire des lieux au coeur de l'énoncé du problème, la question du tabagisme passif et des possibilités de concilier les préférences divergentes des consommateurs apparaît sous un autre jour. Dans la mesure où les propriétaires de bars et de restaurants sont engagés dans des opérations à but lucratif, leurs succès ou échecs dépendent de l'adéquation de leurs décisions aux priorités des consommateurs. En tant qu'entrepreneurs, ils doivent se préoccuper, d'une part, de ce que des clients seront prêts à payer suivant l'espace et les produits offerts et, d'autre part, de ce qu'il en coûte de les offrir. Plus les préférences et modes de vie dans une population sont divers, plus la production sera diversifiée pour répondre à ces différents besoins, parce que les investisseurs auront intérêt à se spécialiser dans des projets destinés à des clientèles particulières. Dans la mesure où l'atmosphère enfumée d'un restaurant déplaît à des non-fumeurs, une demande pour des restaurants non-fumeurs émerge, appelant une adaptation de l'offre. C'est pourquoi une loi interdisant la fumée n'est pas requise pour échapper au tabagisme passif. Avec une nouvelle offre de lieux non-fumeurs, des non-fumeurs choisiront quand même des lieux fumeurs s'ils y voient des avantages supérieurs aux inconvénients. Un tel tabagisme est la conséquence de leur choix, la meilleure option disponible dans ces circonstances.
Ce que la propriété privée et la liberté contractuelle offrent aux individus, en tant que consommateurs, c'est d'avoir le plus possible d'options entre lesquelles choisir. L'interdiction de fumer dans les lieux publics ne peut satisfaire les préférences de certaines personnes qu'en nuisant aux autres, substituant un moule uniforme à l'ajustement permanent de l'offre de services aux préférences d'individus divers.
 
(1) Une liste d'hôtels, de cafés, de bars et de restaurants dans tous les départements de France et s'adressant spécifiquement à une clientèle de non-fumeurs est disponible sur l'Internet à cette adresse : http://smokefreeworld.com/france.shtml
 
Xavier Méra chercheur associé à l'institut économique Molinari
 
Voir aussi le débat entre Mathieu Laine et Claude Evin.

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Published by Gil Albert Li - dans Opinion-Actualité
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commentaires

de san nicolas jean bernard 05/10/2006 15:15

Je conçois volontiers que la liberté soit malmenée dans ce projet de loi.

Il faut cependant savoir qu'arrêter de fumer n'est pas du tout facile pour celui ou celle qui est "pris".

Fumer n'est pas une condition indispensable à la survie de l'être humain. Loin de là et c'est plutôt le contraire qui prévaut.

Un fumeur ne peut imposer à un NON-fumeur de se laisser empoisonner sans risquer de lui occasionner de graves séquelles physiologiques allant jusqu'au cancer!

Si sauvegarder nos libertés c'est pousser le risque de contracter de graves maladies souvent incurables pour le seul plaisir de certains individus inconscients du risque qu'ils prennent et font prendre aux autres en fumant, alors je suis pour cette privation volontaire de liberté.

Merci et bravo à vous les NON-fumeurs !

VIVE LA REVOLUTION BLEUE...sans tabac

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