Révolution bleue ! Pour que la France évite le pire...
La démarche de voter pour tel ou tel candidat (ou de ne pas voter du tout d'ailleurs) implique la sensation d'avoir ce jour là un peu de pouvoir, si petit soit-il, pour éventuellement contribuer à faire triompher ses idées à plus ou moins court terme.
Voter pour tel ou tel candidat revient à vouloir augmenter le score de celui-ci au soir du premier tour, à partir du score qu'on estime qu'il peut déjà faire grâce aux voix de nos concitoyens.
Je vais donc passer en revue les 12 candidats et apprécier leurs possibilités et l'intérêt de voter pour eux. Je vous invite également à enrichir ces réflexions qui ne sont évidemment que personnelles.
Abstention (ou vote blanc ou nul)
Il n'y a que les soirs d'élection où les politiciens font mine de se préoccuper de l'absention. En réalité, ils ne seraient élus qu'avec leur propre voix qu'ils s'en contenteraient volontiers. Certes, l'abstention diminue leur légitimité mais ils n'en restent pas moins élus. Le vote blanc ou nul, non comptabilisé dans les suffrages exprimés, est encore moins pertinent. A part peut-être écrire "Révolution bleue" sur papier vierge...
Gérard Schivardi
Nulle raison de s'attarder sur ce candidat d'extrême-gauche à qui il faut reconnaître le talent d'avoir su faire parler de lui en se prétendant être le "candidat des maires". Il devrait obtenir le score le plus faible (autour de 0,5 %) des 12 candidats et prouvera, s'il en était encore besoin, que le système des 500 parrainages est à revoir.
Arlette Laguiller
6ème et dernière candidature à la présidentielle pour celle qui ne dépassera pas cette fois la barre des 5 %. Nous pourrons donc nous réjouir de ne pas participer au financement de la secte trotskiste qu'elle représente.
Olivier Besancenot
2ème candidature pour celui qui devrait cette fois faire mieux que sa copine Arlette et terminer même en tête des petits candidats et pourquoi pas (malheureusement) dépasser le seuil de 5 %. Contrairement à LO, la LCR a su diversifier son disours et sa clientèle.
Marie-Georges Buffet
Une candidature unique de la "gauche anti-libérale" aurait pu l'amener à faire un score non négligeable. Réjouissons-nous donc de la dispersion des voix à la "gauche de la gauche", même s'il faut subir un quart de temps de parole dédié à la rhétorique communiste (spécificité française dira-t'on). Le parti du même nom, avec moins de 5 % sauf (mauvaise) surprise, poursuivra donc son agonie... et ce n'est pas moi qui m'en désolerai.
José Bové
Lui qui s'était toujours défendu de vouloir entrer en politique, pense que son score va surprendre. Moi ce qui me surprend le plus, c'est que ce type qui devrait être en prison puisse concourrir à la plus haute fonction de l'Etat. Là encore, une spécificité française qui fait honte à notre pays. Son score : probablement pas plus de 3 %.
Dominique Voynet
Le score des Verts de 2002 (5,25 % avec Noël Mamère) sera très loin d'être égalé cette année. Tant mieux ! Toujours ça de moins à rembourser...
Frédéric Nihous
Lui aussi aura bien du mal à rééditer la performance de son charismatique prédécesseur Jean Saint-Josse (4,23 % en 2002). Son objectif est d'abord de battre les Verts. C'est tout le mal que je lui souhaite mais l'enjeu est bien éloigné des grands problèmes de notre pays.
Ségolène Royal
Heureusement pour elle, le "traumatisme du 21 avril" est encore dans toutes les mémoires des gens de gauche dont bon nombre se rendent compte (un peu tard) que leur candidate n'est pas à la hauteur mais qui voteront normalement quand même pour elle, lui assurant ainsi un socle d'électeurs d'au moins 20 %. Néanmois, l'hypothèse d'une élimination au 1er tour n'est pas absurde... et même savoureuse ! D'aucuns, adeptes de la politique du pire, pensent que plus vite la France s'enfoncera, plus vite elle se relèvera. Personnellement, je trouve ce petit jeu trop dangereux. Le désastre engendré par 5 années d'application du programme socialiste serait difficilement réversible.
François Bayrou
Il est très difficile d'anticiper le score qui sera le sien au 1er tour. Je n'y crois que moyennement mais il n'est pas impossible qu'il franchisse la barre qualificative pour le second tour qui serait quasiment synonyme pour lui de victoire finale. Une présidence Bayrou ne règlerait certainement pas les lourds problèmes de notre pays mais aurait pour mérite d'offrir ce que j'appelerais, si j'osais un jeu de mot, un "Bayrou d'honneur" (ou plutôt de déshonneur) à tous les politiciens qui le rejoindraient pour former une "coalition de droiche". Le point le plus positif est qu'à court terme, un pôle important que j'appelerais de "droite de conviction" pourrait se constituer en dehors de cette coalition condamnée à échouer. Sans compter qu'on pourrait également espérer l'avènement d'une gauche plus moderne et d'un climat propice aux débats.
Nicolas Sarkozy
Je dois reconnaître que le discours est souvent bon... mais les actes suivront-ils s'il est élu ? L'action de Nicolas Sarkozy sous le mandat de Jacques Chirac plaide en faveur d'une grande méfiance. Il est le grand favori de l'élection et ce serait une vraie surprise de ne pas le retrouver au second tour. Là et seulement là, il aurait ma voix s'il fallait battre Ségolène Royal.
Philippe de Villiers
Son score de 4,74 % en 1995 ne sera probablement pas atteint. Donner sa voix à cet homme honnête, courageux et souvent de bon sens permettra de l'encourager, lui qui faillit se retirer de la politique après le référundum sur la constitution européenne.
Jean-Marie Le Pen
Son score est encore plus difficile à anticiper que celui de François Bayrou. C'est d'ailleurs la plus grosse interrogation du 1er tour. Personnellement, je ne pense pas qu'il puisse rééditer l'exploit de 2002 en se qualifiant pour le second tour dont la barre de qualification sera cette fois selon moi au delà de 20 %. Jean-Marie Le Pen n'a aucune chance d'être élu mais le vote en sa faveur est loin d'être une impasse à moyen terme car il permet de montrer la force du Front National dont certaines idées ne pourront pas être tenues à l'écart du pouvoir encore très longtemps. Et quel bonheur quand même c'était de voir la tête des socialistes et des journalistes le 21 avril 2002 ! Rien que pour ça, le vote Le Pen peut être le vote utile !
Conclusion
Ségolène Royal est la candidate à battre. Son élimination dès le 1er tour serait réjouissante mais ce n'est pas le scénario le plus probable. En attendant le second tour, nous pouvons donc contribuer à ancrer un peu plus le Front National dans la vie politique française ou à encourager Philippe de Villiers...